Cette première collection consacrée aux transcriptions rend compte de l’intérêt des compositeurs qui s’y sont adonnés pour le patrimoine musical, adapté aux goûts d’une époque, une œuvre musicale transportée et rafraîchie pour d’autres sonorités, d’autres couleurs, d’autres matières acoustiques. Exercice autant technique que compositionnel, la transcription est la meilleure manière de connaître, de méconnaître, et reconnaître une œuvre, tant l’éclairage peut changer d’une version à l’autre. Haydn se prête magnifiquement au jeu, tant par la vivacité de son écriture, que la manière dont il use du piano ou du clavecin, qui par moments se rapproche fortement des instruments à cordes. Bach, lui, a écrit de la musique universelle, indestructible, tant la puissance des émotions et de la forme contiennent la totalité du discours, le transcrire n’est jamais rien perdre de lui. George Rochberg, à la suite de la disparition de son fils, vit une crise créatrice profonde qui lui fait refuser l’avant-garde, et retourner vers le passé. Il dresse une œuvre surhumaine, les Caprice-Variations, jouable en concert par extraits, inspirée par un certain thème de Paganini, mais en son for intérieur chantant nombre d’hommages à tous les styles, du grégorien au tango, à travers des variations kaléidoscopiques. Debussy dans ses Nocturnes, renouvelle l’intérêt pour la couleur instrumentale, acoustique, même. La première, ‘nuages’, m’a longtemps fasciné, j’ai décidé d’en faire une version pour violon seul qui développe certains plans de l’œuvre moins visibles dans la version originale. Le Roi des Aulnes de Schubert est l’hymne du romantisme, sa flamme la plus ardente : Ernst relève en 1854 un défi gigantesque en proposant une version pour violon seul qui dresse les limites de l’instrument, chargé d’un théâtre à lui tout seul.