La résidence de Joseph Haydn à la cour du Prince Esterhazy permet au compositeur de créer les genres du quatuor, de la symphonie, et du divertimento. Ce dernier, hérité des suites de danses populaires, fut modelé sur les capacités des musiciens de la cour – permettant ainsi des combinaisons rares d’instruments. Les divertimenti en mi bémol datent des premières années de résidence de Haydn et oscillent entre un style galant et celui plus romantique du Sturm und Drang, et cherchent constamment à évoquer l’orchestre classique avec notamment des effets de « fusées » et de virtuosité collective issus de l’école pré-romantique. Le second divertimento surnommé l’écho, joué par un effectif plus intime, manie l’humour et la sagesse sur le principe de la question-réponse, crucial dans la rhétorique musicale classique.

 

 

 

Le Chevalier de Saint-George (Joseph Bologne 1745 –1799)

 

Saint-George est né le jour de Noël 1739 des amours d’une esclave raflée au Sénégal et d’un planteur de Basse-Terre (Guadeloupe). Il a dix ans lorsque son père revient en France où il va devenir très influent accompagné de sa belle compagne et de ce fils métis. Son père confie alors son éducation aux meilleurs maîtres, notamment Gossec et Leclair pour  la musique. Bien vite, Saint-George devient le meilleur escrimeur de France et un violoniste à la virtuosité prodigieuse. Marie-Antoinette s’enthousiasme bientôt pour ce musicien surdoué et elle le fait venir à Versailles pour devenir son précepteur de musique. Toutefois, elle échoue dans son projet de le nommer directeur  de l’Opéra royal.  Blessé, Saint-George rejoint la mouvance des Lumières, séjourne souvent à Londres où il est l’ami du Prince de Galles puis devient, sous la Révolution, le premier colonel noir de l’armée française. Emprisonné sous la Terreur, il s’éteint en juin 1799. Il laisse une œuvre brillante de plus de 300 compositions parmi lesquelles  six opéras ainsi que  de  merveilleux concertos pour violon qui annoncent Beethoven et les romantiques.  Ce concerto en sol, bien que tributaire de ceux de Haydn et Mozart, développe un style bien particulier tout de délicatesse et de grandeur, sous l’influence également des musiques populaires de 1789. La dimension de ce concerto le démarque de ses contemporains, alors que le thème du dernier mouvement annonce Beethoven.

 

Membre du concert spirituel royal, il développa grandement l’étendue technique des instruments à cordes, grâce à un nouveau modèle d’archet, dû à Tourte – dont les archets modernes sont encore tributaires. On redécouvre actuellement son travail grâce à l’Association du Concert du Chevalier de Saint-George.

 

 

 

En 1810, Vienne est envahie par les troupes napoléoniennes et Beethoven, à l’inverse de ses amis, reste en ville, se plaignant tout de même des canonnades… Le Quatuor Serioso est le plus court que le compositeur ait jamais écrit. Dans la tonalité noire de fa mineur, il plonge l’auditeur dans un orage traversé de prières, de supplications. Le tourment reprend vite après chaque prière, et se dissout au dernier moment. Œuvre curieuse, car elle n’est pas sans manquer d’humour par ses changements de caractère , conférant à l’ouvrage un geste qui récapitule toute une vie, mise en scène, remise en question. Le second mouvement notamment explore des tonalités tantôt pastorales, méditatives ou lyriques alors que le troisième mouvement qui l’interrompt, plonge dans une cavalcade musicale sans équivoque. Ce mouvement justifie le titre de « sérioso » attribué à l’œuvre. Le quatrième mouvement encore plus comprimé dans la forme que les autres, part d’une plainte mourante pour nous jeter dans les méandres et les luttes de la vie, jusqu’à l’épuisement – mais à ce moment Beethoven déclare avec une Coda révolutionnaire que le monde doit sourire, n’être que lumière…