L'accordéon est souvent nommé le piano du pauvre. La guitare, depuis la Renaissance jusqu'à aujourd'hui, est peut-être l'instrument populaire par excellence — on sait cependant que Schubert déjà, puis Berlioz, la pratiquaient sans pour autant avoir écrit (ou si peu) pour celle-ci.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Et comment la musique écrite se ressaisit-elle de ces instruments et plus encore de la référence populaire de leur répertoire ?

L'Ensemble Cairn propose un concert de musique de chambre qui s'articule autour de ces deux instruments encore peu mis en valeur dans la création contemporaine, mais dont le répertoire se construit peu à peu. A ces deux instruments s'adjoint le violoncelle, comme référence d'un monde plus proprement ”classique”.

Le concert que propose l'Ensemble Cairn débute dans un univers acoustique et conduit peu à peu vers un monde électrique et des mélanges sonores improbables.

Historique du projet, racines
Fanny Vicens, accordéoniste de l'Ensemble Cairn, est à l'origine de nombreuses créations en France et en Allemagne. Christelle Séry guitariste de l'Ensemble Cairn depuis plus de 18 années a énormément travaillé au développement du répertoire de la guitare classique et électrique en tant que soliste et au sein de l'ensemble. La récente venue de Fanny Vicens au sein de Cairn est l'occasion de cette première rencontre.

 

Christelle Séry et Fanny Vicens, musiciennes de l’ensemble Cairn présentent ce programme intimiste, mêlant leurs instruments – souvent empreints d’une mémoire populaire – aux rivages de la création, domaine qu’elles pratiquent avec passion.

Elles interprètent donc des œuvres originales de notre époque, où les techniques traditionnelles sont augmentées de techniques étendues, en exprimant des langages artistiques singuliers : l'auditeur est alors accompagné vers une écoute renouvelée du monde sonore.

Le duo s'est aussi approprié deux œuvres du passé : Les folies françaises et la Triomphante de François Couperin (1668-1733). A travers des instrumentations contemporaines de ces pièces où le compositeur donne avec humour une couleur à chaque sentiment ou allégorie, elles apportent une dimension espiègle et ludique à leur programme. Ces allégories trouvent une résonance dans les pièces de Daniel Alvarado et José-Maria Sanchez-Verdu, qui convoquent un imaginaire poétique et fertile, dans l'expressivité acerbe et brute de Franck Bedrossian, ou dans les frémissements d'ombre et de lumière de Lorenzo Troiani.

L'un des procédés d'écriture préférés de Couperin étant le style luthé, le timbre de la guitare trouve naturellement sa place à revêtir arpèges et pincés pendant que l’accordéon déploie les chères harmonies à l’envi. Par leur démarche, faite de nuance, de précision, de subtilité, de finesse et d'un goût aventurier, elles rejoignent leur passion pour la création et provoquent quelque peu la célèbre citation de Couperin:

« J'avouerai de bonne foi que j'aime beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend. »

La surprise que provoque une telle instrumentation peut-elle aussi être émouvante?

Les œuvres de création animent tous les paramètres du son à égalité, les repères harmoniques, mélodiques et rythmiques prenant ainsi d’autres formes. La palette de techniques que Christelle Séry et Fanny Vicens déploient contribuent à ce que leurs instruments se confondent ou au contraire se répartissent en des plans sonores distincts, épurés ou éruptifs, les dynamiques côtoyant le silence ou allant vers différentes formes de saturation. Les langages font ainsi parfois appel à des codes classiques ou référencés, à des pulsations, des articulations précises, ou au contraire développent des moments très organiques, où l'écriture tutoie l'improvisation.