En Europe, à partir des années 1760, apparaît et se développe un genre nouveau, le quatuor à cordes. On attribue traditionnellement sa création à Joseph Haydn, dont l’œuvre ne comporte pas moins de soixante huit quatuors. 

 

Son quatuor à cordes opus 76 n°4  est surnommé à titre posthume « lever de soleil », en référence à la première phrase du violon. Composé en 1797, il est presque contemporain des premiers quatuors de Beethoven, qui s’inscrira dans la lignée directe de Haydn. L’opus 76 est le dernier cycle complet de quatuors à cordes du compositeur. Haydn clôt ainsi l’expérience de toute une vie consacrée à l’invention de ce genre instrumental nouveau, grande source d’inspiration pour ses disciples de la Première école de Vienne (Mozart, Beethoven et Schubert).

 

L’évolution du genre, tout en puisant ses racines dans la nouvelle tradition viennoise impulsée par Haydn, s’affranchit petit à petit du style classique et devient synonyme d’expérimentation pour certains compositeurs.

 

Le Langsamer Satz (mouvement lent) du jeune Anton Webern étire le temps à son extrême, décrivant un monde – celui de l’empereur François-Joseph 1er – en pleine déliquescence, bien que marqué par la spiritualité de la pensée goethéenne. Composée en 1905, c’est une pièce d’un seul tenant, dans un discours à l’apogée du romantisme. Le déploiement thématique, les harmonies et les subtilités d’écriture contrapuntique de chacune des parties constituent des éléments d’un discours post-brahmsien, qui rend infinies les possibilités du romantisme. Par la suite, Webern s’est totalement emparé d’un nouveau langage en explorant les chemins de l’atonalité avec les disciples de la Seconde école de Vienne, Arnold Schönberg et Alban Berg.

 

L’arrivée au pouvoir des nazis en 1933  touche nombre d’artistes et d’intellectuels en Europe. Émile Goué est déporté et composera la majorité de son œuvre dans les camps, dont son Troisième quatuor qu’il écrit au crépuscule de sa vie : il succombera un an plus tard.

Goué est un compositeur français méconnu, disciple d’Albert Roussel et Charles Koechlin. Son troisième et dernier quatuor à cordes a été écrit en 1944-45, alors que l’artiste se trouvait détenu en déportation à l’Oflag XB. 

Il s’agit de sa vingtième et dernière œuvre écrite en captivité, dont le troisième mouvement a été achevé à son retour. Goué pousse le principe du monothématisme à son apogée, en l’appliquant intégralement en tant que forme résultante de la pièce dans son ensemble. En effet, un seul thème très long est exposé au début du premier mouvement et retravaillé tout au long de l’œuvre dans un esprit très contrapuntique. L’écriture très tendue de la pièce n’enlève en rien son côté lyrique.

 

Avec la jeune génération de compositeurs d’après-guerre, le quatuor à cordes est en passe de devenir un des genres musicaux appartenant à un passé révolu.

Les générations suivantes, marquées par la postmodernité, sauront renouer avec la tradition, se réintéresser et se mesurer à un genre musical toujours réputé difficile.