Regards sur le baroque

 

La musique ancienne a toujours été une source d’inspiration pour les compositeurs des générations suivantes. Depuis les 24 Préludes pour piano de Chopin, qui font indirectement référence au Clavier bien tempéré de Johann Sebastian Bach, les clins d’œil, citations et hommages se multiplient. Le programme Regards sur le baroque propose une sélection de pièces allant de la toute fin du 19e au tout début du 21e siècle. 

Ferruccio Busoni n’est pas le seul compositeur ayant transcrit la Chaconne pour violon solo en ré mineur de Bach, pour piano. L’œuvre a aussi inspiré Brahms, qui a proposé une version pour main gauche seule, ainsi que Schumann et Mendelssohn ont ajouté des accompagnements pianistiques à la partie du violon. La transcription de Busoni, lui-même un pianiste concertiste virtuose, est une réussite, tant du point de vue du transfert de l’intention et du contenu musicaux d’un instrument à l’autre, que de celui de l’œuvre finale, qui semble parfois avoir été écrite directement pour le piano, tellement l’écriture tombe sous les doigts.

L’hommage à Bach de la part du compositeur Chypriote Evis Sammoutis est présenté sous un diptyque en forme d’une pièce introductive (Prelude) lente et douce, faisant appel à des résonances pianistiques, et suivie d’une pièce rapide (Allegro), forte et sèche. L’ensemble est composé sur le mode Hijaz Kar.    

Rien qu’en survolant les titres des 32 Pièces pour piano de Skalkottas on relève plusieurs influences, qui se font aussi sentir tant dans le choix du matériau musical que dans le déroulement formel des pièces. Les titres des trois pièces choisies font directement référence à la musique ancienne, une pratique qu’on rencontre aussi chez le maître de Skalkottas, Arnold Schönberg. La Passacaglia propose vingt (20) variations sur un thème chromatique, composée sur une série de onze (11) sons. La Gavotte et le Menuetto, qui se suivent au sein des 32 Pièces, sont tous les deux en forme tripartite. Les trois pièces reflètent bien la capacité de Skalkottas de combiner le langage atonal de son époque, avec des influences diverses, allant des rythmes grecs à des exigences techniques extrêmes, dans des moules formels venant du passé.

Le premier cahier des Images de Debussy n’a pas besoin d’introduction. Il constitue, ainsi que nombre d’autres œuvres du compositeur, un classique du répertoire pianistique. La pièce centrale, un hommage au grand compositeur et théoricien Français du 18e siècle, est entourée de deux pièces qui, bien que portant des titres plus vagues, peuvent, avec un peu d’imagination, être reliées au propos du programme. Ainsi, Reflets dans l’eau pourrait se lire comme une référence à l’acte du compositeur de se regarder dans l’eau, ou dans le miroir, de contempler son image, et de mener une réflexion quant à sa place dans l’histoire, et son rapport à ses prédécesseurs. Enfin, Mouvement pourrait renvoyer au mouvement perpétuel présent dans la musique baroque, à cet élan intérieur qui se fait sentir même dans les mouvements lents.    

Les deux dernières pièces du programme ont été commandées par l’association Musique Nouvelle en Liberté et créées par Alexandre Tharaud, en 2001, dans le cadre du Festival Octobre en Normandie. L’œuvre de Thierry Escaich est composée à partir des premières mesures du thème de la Gavotte et Six Doubles de Jean-Philippe Rameau, et celle de Bruno Mantovani fait référence à la tradition des grands cembalisti italiani. 

Ainsi se termine ce survol d’un choix personnel, fait de regards, de reflets, de transcriptions et d’hommages, de la part de compositeurs d’âges et d’origines diverses, vers les trois grandes traditions de la musique pour clavier de l’époque baroque : celles de l’Allemagne, de l’Italie et de la France.