Hommage à Jelly d'Aranyi (1893-1966)

Ce programme est tout d’abord un portrait-hommage à une violoniste et une femme d’excéption. Son jeu était fougeux et passionné, puissant et généreux, construit et libre en même temps.

Jelly d'Arányi, née Hunyadvári Aranyi Jelly est une violoniste hongroise naturalisée anglaise, née à Budapest le 30 mai 1893 et décédée à Florence le 30 mars 1966. Elle était la petite-nièce de Joseph Joachim(1831-1907), disciple de Felix Mendelssohn et violoniste le plus accompli de sa génération, et la sœur de la violoniste Adila Fachiri. 

Héritière spirituelle de Joachim et elève de Jeno Hubay, elle représente tout une école hongroise de violon dans laquelle les femmes ont pris une place importante. Les principaux élèves de Jeno Hubay furent Joseph Szigeti, Eugene Ormandy, qui deviendra chef d'orchestre, Eugène Lehner, Stefi Geyer, le premier amour de Béla Bartók à qui celui-ci dédia son premier concerto de violon, Jelly et Adila d’Araniy, Johanna Martzy, Ilona Feher, Franz von Vecsey, Zoltán Székely.

Elle était à la fois estimée pour ses interprétations de Bach (notamment les concertos, dont le double concerto avec sa sœur), de la musique romantique, en particulier de Schumann en duo avec Myra Hess, mais également de la musique moderne de son temps. Tout comme son illustre parent elle était amie des compositeurs qui la considéraient capable de les comprendre aussi différents qu’ils puissent être : le Concerto Academico de Ralph Vaughan Williams est écrit pour elle, le Double Concerto pour deux violons de Gustav Holst a été conçu pour Jelly et Adila. 

Ainsi Bela Bartok lui dédie ses deux Sonates pour violon et piano, très différentes l’une de l’autre, ardues à comprendre tant le langage, la forme, le rapport du violon et du piano y sont visionnaires. Ils donnent ensemble les premières à Londres en mars 1922 la Sonate n°1 et en mai 1923 la Sonate n°2. 

C'est après avoir entendu Jelly d'Arányi et Béla Bartók créer les Sonates que Maurice Ravel décida de composer Tzigane pour la violoniste. La création eut lieu au Aeolian Hall à Londres le 26 avril 1924 par la dédicataire et par Henri Gil-Marchex au piano. La création de la version orchestrale eut lieu le 30 novembre 1924 à Paris, avec les Concerts Colonne sous la direction de Gabriel Pierné.

Avec sa sœur, elle a été impliquée dans la redécouverte en 1933 du Concerto pour violon de Schumann (1853) à la bibliothèque de Berlin. En 1937 d'Aranyi en a donné la première londonienne, bien que la veille, le 19 octobre, l'œuvre avait été créée en Allemagne par Georg Kulenkampff. Yehudi Menuhin l’a joué le 14 novembre en première aux États-Unis. Vers la fin de sa vie, Schumann, déjà malade, n'a mis que onze jours à écrire son concerto. Cette soudaine productivité est due à la rencontre quelques mois plus tôt avec le génial Joseph Joachim. Le nom de Joachim apparaît dans presque toutes les pages du journal de Robert Schumann à l'été 1853. Il a écrit pour lui quasiment à la suite ses toutes dernières œuvres : la 3ème Sonate pour pour violon et piano posthume (dont deux mouvement font partie de la Sonate FAE), le Concerto, déjà mentionné, et la Fantaisie qui sera sa dernière œuvre publiée.