Seulement trente années séparent l'écriture du trio en Do Majeur de Haydn de celui en Si bémol de Schubert, et pourtant ces deux oeuvres appartiennent à deux esthétiques profondément différentes, symboles des bouleversements musicaux si caractéristiques de la première moitié du XIXème siècle.

 

Haydn compose ce trio en 1797, à la même époque que ses célèbres quatuors opus 76. Le compositeur est retourné en 1797 à Vienne après ses voyages londoniens, et il vit alors une période riche de succès durant laquelle son langage s'épanouit pleinement; ainsi le trio HobXV 27 est parfaitement représentatif du style classique de l'Ecole de Vienne. Après un premier mouvement ouvert, riche en surprises et en caractère, s'ouvre un Andante raffiné à l'expression tendre entrecoupé d'une partie centrale aux accents hongrois et plus furieux. Enfin un final Presto très enlevé clôt le trio avec la malice et l'humour si typiques de ce compositeur.

Tout au long de l'oeuvre, l'écriture est transparente bien que travaillée et innovante, en adéquation avec les formes et le langage de l'époque, et les caractères s'enchaînent et se répondent par le jeu du piano et du violon qui parlent et discourent tour à tour, soutenus par les basses du violoncelle.

 

Les deux dernières années de la vie de Schubert sont extrêmement prolifiques : le compositeur écrit de nombreux chefs d'oeuvres, comme les deux dernières sonates pour piano, la symphonie Inachevée... Bien que restant encore attaché aux formes classiques, Schubert déploie dans son premier trio écrit en 1827 une grandeur, une force expressive et un souffle incomparable qui préfigurent le romantisme naissant et s'éloignent radicalement du classicisme et de la rhétorique de Haydn. Dans toute l'oeuvre, violon et violoncelle déploient de grandes lignes lyriques rappelant très souvent l'écriture des lieder, quand le piano est tour à tour chanteur, orchestre, accompagnteur... Le trio s'ouvre par un Allegro moderato conjuguant fierté, grandeur, et monde de l'intime dans lequel Schubert utilise de grands contrastes et des modulations audacieuses si caractéristiques de son langage. Suivent ensuite un Andante au lyrisme doux et incomparable, dans une atmosphère quasiment de nocturne, un Scherzo aux rythmes de danses et un final très développé aux accents beethoveniens et brillants.