Dans la Suite de Janacek (qui précède de 40 ans tout le reste de la production du compositeur), c'est un agrégat d'humeurs qui nous est offert - de tonalités également. Si le premier mouvement appelle Brahms avec une grande égalité de voix, de contre-chants, de rythmes pointés, le second est une prière avec ses épisodes de doute et ses confessions. Le troisième supplie Schubert par son rythme. Le quatrième mouvement est un peu plus "jeune fille et la mort" et les mélodies s'y expriment sur un rythme de chevauchée inlassable. Le cinquième est d'un laconisme rare chez les violons et altis - et le chant est offert aux basses. Le dernier mouvement annonce déjà un Janacek affirmé en ce sens que les répétitions installent un climat populaire et tragique, même si l'ombre de Schubert règne encore...

 

Le concerto n°4 pour violon de Mozart est d'une période où le génie de Mozart s'exerce par nécessité : pour plaire à l'intelligentsia parisienne notamment, pour "faire ses preuves". L'oeuvre est traversée néanmoins de passages dont le charme réside dans le contact entre orchestre et soliste et la verdeur de l'articulation.

 

Le Beethoven... LE Beethoven! Il exalte - dans la Cavatine et la Grande Fugue -  le contrôle de la forme et captive tous les musiciens par sa beauté... et sa difficulté. Si la cavatine nous montre Beethoven tendant son coeur dans un chant d'une incroyable tension, au péril de l'intelligibilité, la fugue est une construction défiant tout contraste, tout thème, tant ses contours sont accusés, tant l'obstination devient mécanique, tant chaque instrument porte chaque cellule du drame ! L'introduction donne l'impression d'un jet de dés - réitéré à la fin - suivi par une tempête nietzschéenne de joie cruelle. Bien sûr ce ne sont là que des mots ; la vitalité beethovenienne dépasse tout ! Partout Beethoven nous met au défi de le suivre - et de ne pas le suivre. Le silence se dresse face à la musique...

 

Léo Marillier, concertmaster et soliste de Aletheia