Edition 2022 : "Notes de voyage"

editorial du directeur artistique

« Heureux qui, comme Ulysse, a beaucoup voyagé ».

Heureux ? Ulysse, condamné à errer et survivre aux dix ans de son retour en son Ithaque ? Ulysse a-t-il accompli finalement un voyage, ce dernier le rend-il un héros ou un homme ?

Inventio explore en 2022 ce thème de la nostalgie, de l’endurance-errance, du plaisir, et finalement de ces « îles » que se proposent d’être les concerts. En écho à Homère, je propose d’articuler autour de James Joyce une partie de ce programme : ce dernier a réalisé avec son propre « Ulysses » une réaffirmation moderne, vive, comique, anodine et cosmique, de la légende homérique. Cette variété d’épithètes pour décrire Joyce autant qu’Homère vient de ce dernier : en grec, polytropos (qui est dans le texte la première tentative de caractériser Ulysse) signifie inventif, rusé, roublard, vif, errant, souple.

 

Ce sont les voyages qui nous rendent ainsi, à la fois étrangers et rattachés. Est-on heureux, véritablement, à l’écoute du troisième trio de Schumann ?

Quelle est cette sensation de mettre l’oreille sur une pièce inconnue, nouvelle, de poser le pied sur un nouveau continent ? Comment rendre, par des moyens classiques, l’exotisme, comme le fait Jean-Philippe Rameau ? Ou bien ériger des ponts entre culture sud-américaine et Beethoven?

Au-delà de cette dimension de l’existence, de notre existence dans le cours de la musique, un concert de trio à cordes explorera la musique balkanique-méditerranéenne, cette branche si unique par sa tradition orale, son rapport natif au langage parlé. Jean Cras, navigateur et compositeur, aura sa place cette année, où la tendresse et la mélancolie se mêlent. A l’instar de Joyce, dont l’Odyssée se déroule sur l’unique journée du 16 juin 1904, Janacek se propose de parler d’une journée (1er octobre 1905) qui aurait été oubliée sans sa chronique émouvante de celle-ci.

 

Exilés, Villa-Lobos et Ligeti se font les porte-parole de leurs héritages par le biais de la musique savante. Rochberg lui, saisit l’héritage même de la musique savante, et fait une œuvre-monde à partir du thème du 24ème caprice de Paganini, faisant-défaisant ce dernier à l’instar de la Pénélope homérique. Elliott Carter, dans sa dernière œuvre, composée à 103 ans, dresse dans ses Epigrammes la chronique d’une vie de recherche et d’expression. Ulysse, l’Odyssée parlent aussi la langue de la nature déchaînée, des bruits du monde, explorés par Andrew Norman. Ce bruit, Xenakis en a fait une science puis un art tout personnel de découverte de la nature profonde du vivant.

 

Mais au milieu de ces éléments, le retour d’Ulysse est peut-être plus puissant encore, chargé de promesses, de mémoire, d’abandon : la sonate pour piano op.110 de Beethoven vient illuminer cette édition. »

Léo Marillier, direction artistique



retour sur la magnifique édition 2021: écouter voir

Crédit photos : Franck Jaillard


1. Ambre Vuillermoz "Les Variations Goldberg à l'accordéon"

2 Quatuor Joyce "Oeuvres inachevées en dialogue avec l'exposition de Jean-Pierre Corne" : 17 novembre

3. Clément Lefebvre/Léo Marillier

"Musique française en dialogue avec les fresques Art déco de la Fondation des Etats-Unis"

4. Eudes Bernstein, saxophone/Orlando Bass, piano "Danses exotiques"

5. Quatuor Joyce "La gamme à travers la couleur"

6. Fernando Palomeque piano /Léo Marillier violon "Quand la musique se fait tissage"

7. Table ronde "Passerelles : Musique et couleur" (JEP) avec David Christoffel, Franck Yeznikian, Bruno Ducol

Bis. Surprise du Quatuor en résidence (quatuor Joyce)